ALAN ROURA

Vendée Globe 2020

JOUR 85 - Message du bord

Eole n'est pas forcément avec moi depuis quelques jours, il s'est barré filer un coup de main à Cali et Fabrice. Je ne lui en veux pas pour autant, c'est le destin, c'est comme ça. Je ne lâche pas pour autant, au contraire. J'ai bien moins de vent qu'eux, avec beaucoup de variations de direction, alors je suis sous grand voile haute et J2, car mon J1 est trop creux pour un angle de vent comme celui-ci. Mais ça n'empêche que je tartine avec le peu de vent que j'ai. Les polaires de Bernard, j'ai dû les augmenter à 130% pour arriver aux vitesses que je tiens en ce moment.

Moi, énervé ? Je ne pense pas, je suis juste ultra motivé. J’ai envie de vite passer cette côte du Brésil et reprendre mes distances avec ceux de derrière. Hier, j’ai eu un joli coup de téléphone avec le Vendée Live et Jean Le Cam comme invité. Ses quelques mots ont suffi à me rebooster pendant une semaine, voire plus. J'ai repris des forces, le moral est là et le bateau fonce. C'est un angle de vent que le bateau n'aime pas, je suis à 80° du vent, alors je passe mon temps à régler mes voiles et à jouer un maximum sur l'assiette du bateau.

J'ai aussi passée la journée avec mon seau et mon éponge, à vider la moindre goutte d'eau dans le bateau, jusqu'à éponger le fond des ballast. Un matossage à la perfection, à l'intérieur comme sur le pont, je ne peux vraiment pas faire plus pour avancer plus vite !

En gros je n'arrête pas, je suis à bloc !!!! Aucune envie de voir les deux de devant me reprendre encore un seul mille. Stop ! Ok ils ont des super machines, ce sont de bons marins, mais je n'ai pas peur, j'ai juste besoin d'un peu de chance et de vent et le tour est joué !

Après, si je n'arrive pas à les recoller, ça ne changera pas ma vie… Je suis 13ème de ce Vendée Globe, ça reste une très belle place et bien plus que ce que j'aurais imaginé faire. Mais il ne faut pas pour autant se laisser porter par le vent, derrière ils sont énervés les cocos, alors je garde mes distances et je bourrine un peu.

Je n'ai pas de mode vent réel sur le pilote, j'ai passé une bonne partie de la soirée d’hier à essayer de nouveau, mais il y a toujours des merdes. Du coup, c'est mode compas ou mode vent apparent. C’est moins performant dans ce genre de conditions, mais ça fait le job !

Je pense à Benoiît Marie, vainqueur de la Mini transat 2013 : « J'attaque  !!!!!! J'attaque, j'attaque, j'attaque !!!!!!!!!!!! » Une pensé pour toi mon pote !

Et je pense bien aussi à toutes la bande de Ministes, car au fond la Classe Min 6.50 c'est une grande famille et quand je vois l'équipe de 2013, qui n'a quasiment pas manqué un seul de mes départs de course, qui est toujours venue me filer un coup de main sur le bateau… Cette classe est absolument incroyable, je n'ai jamais vu une aussi belle entraide entre coureurs. Petits bateaux, petits budgets, mais au fond gros projets. C'est sur la Mini Transat souvent que naissent les grands marins. La phase obligatoire dans la course au large, ça reste l'apprentissage.

Born in Mini ! 

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