ALAN ROURA

Vendée Globe 2020

JOUR 83 - Message du bord

Ce matin, c'est petit temps au menu avec tirage de bords  pour une bonne partie de la journée. Va falloir bien gérer cette histoire de bascule pour rester collé aux deux pépères de devant, car ils vont toucher du vent avant moi, sur un meilleur angle. 

Mais on ne lâche rien, je ne me suis pas fais plus de 80 jours en mer pour baisser les bras ! Il y a des moments plus durs que d'autres, des baisses de moral et de force, mais si je suis ici aujourd'hui, toujours en course avec l'ancien Mirabeau derrière et deux plans Farr de 2007 dans mon étrave, c'est que je suis pas si mauvais que ça ! Alors pas question de lâcher l'affaire. Ça fait un mois qu'avec Cali on se tient entre 100 et 200 milles d'écart, alors qu’avec Fabrice ils ont souvent eu de meilleures conditions. Et ont sûrement poussé leurs bateaux plus que moi à certains moments. En fait, je me trouve des excuses alors que je n’ai pas à m’en chercher : ma place n'est pas avec eux, je suis sur un vieux bateau, je devrais être derrière… J’oublie souvent, quand je les vois reprendre de la vitesse , quand j'en deviens fou, que nous n'avons juste pas du tout les mêmes bateaux. Mais je suis quand même là !

Quand j'ai perdu l'ordinateur n°1 du bord, j'ai perdu mon tracé de la course, mais je crois que je ne sois plus loin de croiser mon sillon de l’aller. Donc d’avoir réellement fait le tour de monde. C’est incroyable d'être arrivé là, maintenant on peut le dire : «  Ne reste qu’à rentrer à la maison ! » 

J'ai envie de finir cette course en beauté, comme vous vous l'imaginez, je n’ai pas dit mon derniers mot en course au large. Même si sans sponsors ou bateau plus performant je ne repartirai sûrement pas, je veux finir proprement cette aventure pour n'avoir aucun regret si derrière ça se termine pour moi. Mais comptez sur moi pour me battre, pour trouver la machine et les sous qu'il faut pour revenir sur l'eau au plus vite.

Pour le moment, si tout se passe comme prévu, je devrais arriver la deuxième semaines de février. Et donc peut-être atteindre mon objectif de moins de 100 jours. C'est le quatrième tour du monde de Superbigou, normalement je vais tenir le record en temps… Il ne faut pas se laisser aller mais je crois que c’était 110 jours avec Bernard sur la Velux et bien plus avec les Espagnols sur la Barcelona World Race.

Pour le moment, c'est douche, soleil, essayer d'avancer au mieux. C'est assez drôle car même si devant ils ont des meilleurs bateaux, je sens quand même qu'il ne sont pas rassurés. Cali me dit souvent : « Tu avances vite quand même ! » La suite s'annonce dans un petit travers, dans en gros 10 noeuds de vent jusqu'à Natal. J’ai mes chances de recoller dans ce genre de conditions, même si je n'ai pas de grand gennak… J’ai laissé les grosses voiles à terre, je ne suis parti qu’avec des voiles de solitaire, je vais faire ce que je peux. Après, ils ont plus de voiles embarquées que moi, mais si elles sont détruites ça ne sert à rien… Moi, j’ai la chance d'avoir toutes mes voiles Europ’Sails à 100% encore aujourd'hui, alors on va chauffer la Bigoudène et on va mettre ce vieux coup au moral derrière et foncer.

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