ALAN ROURA

Vendée Globe 2020

JOUR 79 - Message du bord

Le mot du jour, par Superbigou / La Fabrique.

« Je ne sais pas ce que mon skipper a mangé depuis 30 heures, mais il a envoyé du pâté ! Et moi, je n’ai pas arrêté d'entendre : ‘ Tu es une légende, hein ? Bah montre le, montre que ce ne sont pas des bateaux de 2008 qui te font peur ! ‘

À force d'entendre ça et de le voir regarder devant, derrière, à courir partout pour trouver une solution afin de me faire avancer plus vite, je lui ai montré que, même au travers, je n'étais pas ridicule avec mes quelques rides !

Tenir la meilleure moyenne de la flotte Sud pendant 24h : je n'ai pas lâché les 16 noeuds ! Ahahaha le pauvre Alan, il ne savait plus où se mettre dans le bateau pour tenir en place, tellement je sautais les vagues et je fonçais ! La bonne nouvelle, c'est qu’il a bien retrouvé le sourire ce matin, même si cette nuit le vent ne m’a pas fait avancer beaucoup. On a repris plus de 100 milles sur Cali et Fabrice depuis quelques jours, ça fait plaisir, je ne suis pas encore prête pour aller au musée !

Alan semble très fatigué, avec de plus en plus de coups au moral, mais ne vous inquiétez pas, je suis là, à l'écoute et je sais ce qu'il veut. Et vu qu'on fait une sacrée équipe les deux, je compte bien lui rendre le respect et l'amour qu'il m’a donnés depuis un an maintenant. Hier j'ai foncé et j'ai tiré sur ma nageoire tribord (mon safran) : le gamin a bien géré. Ça se voyait dans ses yeux qu'il y avait un petit blocage à ce niveau là, mais vue la journée d'hier, je pense qu'il peut être fier de ce qu'il m'a fait comme réparations. Je ne sens absolument rien ! Parfois je couine un petit coup, mais on va mettre ça sur le dos de l’âge !

Il passe toujours autant de temps à me contrôler, me parler, me caresser, à croire que je vais l'abandonner… Non mais il a craqué le petit, je compte bien rentrer aux Sables la tête haute et que l'on m'amarre à côté des bateaux avec lesquels nous nous sommes battus depuis si longtemps. Pas pour moi, mais pour le petit, juste qu'il réalise ce qu'on a fait ensemble, les bateaux qu'on a tenus depuis des mois, qu'il regarde le confort que les autres ont eu.

Je vois que plus le temps passe, plus il est bien, plus il fait les choses comme par automatisme à bord. Il me connait très, très bien maintenant. Je le vois aussi penser de plus en plus au futur, à la course au large. Il dit que, si il trouve des sous, il aimerait passer sur un bateau plus performant que moi. Ça me fait un peu peur qu'il me quitte, mais au fond, quoiqu'il arrive, ce petit Suisse m’aura redonné vie avec son équipe de potes absolument formidables. Je suis de retour sur les océans, en pleine forme et plus belle que jamais ! Je sais que j'ai été et resterai le bateau de ses rêves, le bateau de Bernard Stamm.

Je revois son sourire la première fois que l'on s'est vus en vrai. J'étais enneigée par -17°C en Estonie et rien que de sentir sa main se poser sur moi, j'ai senti qu'il allait tout faire pour m'avoir. Qu'aucun autre IMOCA ne pouvait lui donner ce que j'avais pour son premier Vendée Globe. Et mine de rien, ils n’ont pas chômé l'équipe ! Je n’ai pas eu que des autocollants sur la coque pour me rendre sexy. J'ai été entièrement bichonnée et pas mal modifiée. Une vraie gonzesse : régime express, maquillage et nouvelle garde robe !

Alors maintenant, c'est à moi de prendre soin de lui et de vous le ramener en bonne santé, avec de magnifiques histoires à vous raconter.

5 000 milles pour passer le cap Finisterre, c'est rien du tout ça gamin ! Tes moins de 100 jours sont possibles, trouve moi du vent et je gère le reste. Bon, là ça ne va pas être très drôle, tu m'a mise dans du près pour quatre jours, alors que tu sais que je n’aime pas ça, hein ! Tu as déjà vu une pelle ç gâteau faire du près toi ? Et en plus, dans des conditions assez étranges. Mais on a un coup à jouer mec, mais va falloir oublier que tu es fatigué encore quatre jours, on va attaquer les deux de devant et on va faire ça en douceur. On en est capables, va falloir que la météo nous aide, mais j'y crois !

Je fatigue quand même un peu moi aussi, j'ai quand même pris cher dans le grand Sud, mais on peut croire ce qu'on veut, le petit n'a jamais lâché. Il a réussi à naviguer sans casser, tout en avançant. Si je fais le tour de mes bobos, j'ai  :

  • Une latte qui a cassé
  • Un pontet en inox qui a explosé
  • Un bout de chariot de grand voile qui a lâché
  • Une antenne GPS qui s'est arrachée
  • Le Fleet Inmarsat qui ne marche plus
  • Un safran brisé par un OFNI, avec changement de safran et contrôle de la voie d'eau et tout ce qui allait avec
  • Le lazy bag qui ne fait pas le malin, on sent qu'il a des heures au compteur
  • Un chandelier tribord plié

Et… je crois que c'est tous les bobos que j'ai eu depuis le départ. Donc autant dire vraiment pas grand chose. J'ai des voiles encore nickels et ça c'est top. Pas une déchirure, pas un pet. Donc je suis d'attaque pour rentrer à la maison. » 

La Fabrique

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