ALAN ROURA

Vendée Globe 2020

JOUR 67 - Message du bord

1 300 milles pour le cap Horn. C’est assez incroyable de se retrouver là, ça va être une fin de Pacifique corsée, avec un passage du Horn comme dans les films ! Il va falloir bien anticiper et passer ce gros temps avec élégance ! Ne pas casser, tout en gardant un maximum de vitesse pour avoir le moins de vent possible, voilà la stratégie. Mais vu que la météo change sans arrêt, demain, ce sera peut-être une autre...

De ce que je vois, ça risque d’être un Horn sous 3 ris et tourmentin, assez sport pour faire péter le champagne mais je vais bien trouver une solution ! Je suis de très près l'évolution de la météo, il y a des chances que je ne puisse même pas voir le cailou... Je vais peut-être devoir m'éloigner pour avoir une meilleure mer. C'est encore loin, mais dans quatre jours maintenant je serai en approche !

On en marche pas trop mal depuis quelques temps avec La Fabrique, j'ai l'impression que l'option Nord n’a finalement pas trop mal payé. Rich n'a pas réussi à me suivre, mais il a plus d'un tour dans son sac alors je me méfie.

Et à côté, j'ai toujours Fabrice et Cali qui se font un match race. Je devrais toucher de la pression avant eux, donc reprendre encore un peu de mon retard.

J'ai passé la journée toutes voiles dehors, avec le gennak. Pas trop mal, mais des que le vent monte je suis trop puissant et je dois réduire assez vite pour ne pas enfourner. La mer n'est pas encore trop formée, ce sont des petites vagues très courtes qui freinent beaucoup le bateau. Je suis chargé à l'arrière mais ça ne change pas grand chose.

Il va falloir se préparer à rester dans la combinaison sèche pendant les trois prochains jours, ça va souffler et surtout ça va mouiller ! Je pense que je vais m'en rappeler de cette approche du Horn ! Il faut tenir bon, ce sont les derniers milles dans le grand Sud, les dernières dépressions que nous allons nous manger avant le retour à la maison.

J'ai l'impression d'avoir tout le temps faim... C'est sûrement le froid qui me fait ça, je dois prendre des forces pour la suite. Pour le moment, c'est double paire de chaussettes, trois couche en haut, trois couches en bas, salopette et veste de quart. Ça caille vraiment beaucoup ici, on sent que la péninsule de l'Antarctique n'est plus très loin. Porte du bateau fermée et bien au chaud dans le duvet ! Il faut en profiter car quand le vent va monter, ce ne sera plus la même histoire : avec les va-et-vient de dehors à dedans, le bateau sera trempé à l’intérieur. Avec le froid, ça va être bien sympa...

Je viens d'avoir les dernières positions de 4:00 UTC, je ne suis pas trop mal, même si les petits Français vont plus vite que moi ce soir ! Mais je suis sur un angle très abattu, l'angle de vent annoncé n'est pas le bon, du coup mon option ne va pas marcher si bien que ça. On verra demain. Et puis bon, je suis toujours à 80 milles en gros d’eux, ce qui reste très rattrapable.

Rich a encore perdu sur moi par contre, il est comme moi dans un vent très instable, qui tourne et change de force sans arrêt. Ce qui veut dire beaucoup de manoeuvres... Je passe mon temps à changer de voile d'avant, je commence à fatiguer un peu à force. J’ai l’impression que ce ne sera pas sur ce bord que je vais faire des exploits de vitesse,demain sera meilleur ! Je vais arrêter de bouffer les écoutes pour ce soir, je ferais mieux de me reposer pour la suite...

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