ALAN ROURA

Vendée Globe 2020

JOUR 41 - Message du bord

Bonjour à tous, ce matin il n'y a pas de mot pour décrire ce qui se passe sur l’eau : j'ai 50 noeuds, une mer énorme (même si ça ne se voit pas sur la photo…) et je ne peux absolument rien faire pour calmer le jeu. Le bateau part dans tous les sens, c'est n'importe quoi. Les déferlantes me prennent et je n'ai pas d'autre choix que de laisser aller ma coque surfer !

Je suis en train de me demander si je ne vais pas juste laisser un string devant et enlever la grand voile. Trop de risque d'empanner avec une mauvaise vague.

J'ai mis 30 minutes à changer de bord, j’ai même été obligé de passer via un virement, l’inconvénient des vieux bateaux… Et la mer ne m’a pas laissé faire si facilement ! J'étais sous l'eau de la tête aux pieds et quand il y a ça dans le cockpit, je vous laisse imaginer le reste du bateau…

Alors on enfiles les lunettes de ski, le casque, le gilet, on double la longe pour ne pas tomber de trop haut ou de trop loin. Je n'ai plus beaucoup de force, il faut que ça passe et vite ! J'ai peut-être changé de bord un peu trop tôt mais après, ça n'aurait plus été possible car le vent va monter encore et encore, si j'en suis ce que dit la météo. Je vais rester sur cette amure jusqu'à demain, ce qui me rapproche de la zone des glaces où le vent va un peu se casser la gueule.

J'ai quand même pu trouver cinq minutes ce matin pour me faire un café, ça faisait deux jours que je ne pouvais plus rien faire à l'intérieur. Je mange froid, je ne me lave pas les dents de peur de m'en péter une sur un saut de vague. J’ai mal au crâne à cause de la fatigue et des chocs du bateau. Peut-être aussi que mon dos est en train de me dire de me reposer... Mais à bord, aucune position n'est confortable, on ne tient pas en place plus de cinq minutes. Écrire ce matin me prend un temps fou, je n'arrête pas de revenir en arrière et réécrire le texte car j'appuie sur trois touches à la fois.

Mais j'ai envie de vous faire partager cette journée de grand Sud, pour ceux qui disaient que je partais trois mois en vacances !

Le Sud est dur avec nous, les premiers ont réussi à avoir des conditions assez bonnes dans l’Indien, mais nous, ça fait flipper. Dire que je pourrais être dans un chalet à la montagne, devant un feu de bois et une bonne fondue ! Quoique, si on enlève le chalet et le feu de bois, j'ai de la fondue et une mer blanche et haute comme des montagnes, on s'y croirait presque en fait ! Comme toujours, les images ne donnent rien, j'aurais vraiment aimé vous montrer ce moment : la puissance de l'océan, que nous ne sommes vraiment que des Playmobil sur un bout de carbone flottant.

Le bateau va bien, je touche du bois ! Il part souvent en survitesse, mais si je réduis trop, je vais me faire embarquer par la mer et je risque plus ! Je ne fais pas le cap voulu mais dans ce genre de conditions, il ne reste qu'une chose à faire : c'est la fuite. Encore 24 heures à tenir, à serrer les dent et à faire attention au bateau. Il faut que ça passe, que tout tienne. J'ai confiance, mais si le pilote décroche, c'est la cata.

Je n'arrive pas à télécharger les derniers fichiers météo, ça m’énerve. La dépression évolue beaucoup et je n'ai pas envie de me faire avoir. Mais bon, dans tous les cas, j'y suis et je vais devoir en sortir ! Superbigou en a vu bien d'autres, ça ressemble vraiment aux images de Bernard à la Velux 5 Oceans, quand il est au pied de mât. Sauf que là les vagues sont un peu plus grosses !

Je vais essayer de me reposer quand même, s’il y a une manoeuvre à faire rapidement, je dois être prêt. C'est pas que, mais pour mener la Bigoudène, faut tenir le coup quand même ! 

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