ALAN ROURA

Vendée Globe 2020

JOUR 34 - Message du bord

Nous voila le 9 décembre, comme le temps passe vite ! Hier, j'ai tout donné, je voulais absolument remonter Rich et Éric. 382 milles nautique en 24h : ça commence à faire pas mal ! 

Le front n'a pas été aussi fort que je l'imaginais. Pour une fois, il était à l'heure et sa force de vent correspondait avec les fichiers que j’avais. Mais j'ai quand même décidé de rentrer dans la nuit avec mes 2 ris et la trinquette, absolument aucune envie de me refaire surprendre une fois de plus. Et c'est toujours après que tu regrettes : j'aurais dû être pleine toile toute la nuit. Mais voilà, ça m'a permis de me reposer.

Le vent est assez stable maintenant, environ 20 noeuds. Ce matin, j'ai un ris dans la grand voile et la trinquette. J'y vais progressivement, comme le vent a tendance à monter assez rapidement et sans le moindre signe. Je suis de retour dans le peloton que je visais, maintenant je sais que je peux vraiment jouer avec eux, je vais attendre d'avoir des conditions stables pour faire marcher mon bateau. 16 ans.. Et tôt ce matin j'ai pris la 16ème place pendant un court instant. C'est incroyable, ce bateau est magique. Je prends confiance en lui, et aussi en moi, ce qui me manquais réellement. Savoir où placer le curseur, savoir quand ça devient chaud. On ne se rend plus bien compte avec des bateaux aussi puissants. Tu es constant à 18 noeuds et en fait, tu peux encore aller plus vite sans prendre de risque, c'est incroyable ! Mais la route est longue, je suis là où je rêvais d'être. Dans le match avec les autres. 

Je pointe premier des « vintage » et je tiens tête à de très bon marins et bateaux. La fatigue est bien là, le peu que je dors, je le dépense. Le bateau est très physique et je ne reste qu'une petite crevette ! Alors comme toujours, je prends un café, je réfléchis à la manoeuvre et après j’y vais. Je ne me précipite pas, je préfère perdre 5 milles en une heure à réfléchir comment toiler le bateau, que de perdre une voile à l'eau ou simplement courir et me faire mal.

Je repars vers le Sud pour le moment, je vais chercher la zone des glaces qui n’est plus très loin devant moi, avec une série d'empannages qui vont suivre pour aller chercher la route des Kerguelen. Avec un nom pareil, si ce n'est pas un Breton qui s'est échoué là-bas, moi je ne m'appelle pas Alan !

Et puis l’Indien, bah on y est vraiment là. Il va falloir être vigilant, il y a un glaçon qui flotte dans le nord des Kerguelen. Là, on y est. Là, on est bien sur le Vendée Globe. Non pas que 50 noeuds avec des vagues de 10 mètres c'était de la rigolade, mais mettre un petit truc en plus, là, ça a de la gueule. On joue a Mario Kart ici…

Quand le jour se lève pour vous, pour moi il est déjà l'heure de faire chauffer la cocotte pour manger un bout. Je suis un peu perdu au niveau des heures, je sais juste que la nuit il fait nuit, et que le jour... Voilà, je vous l'avais dis, je suis bien fatigué !

J'espère que les copains on fait la même route que moi cette nuit, je ne suis pas sûr de mon coup là. Je ne fais pas le meilleurs des caps et encore moins en vitesse. On verra au prochain classement.

Sinon à bord, toujours rien à signaler. Si, la sono principale du bateau ne veut plus marcher et ça, c'est dur. Mais j'avais prévu un plan B !

Et je tiens une nouvelle fois à dire chapeau au voilier : les voiles sont au top, j'ai fais des erreurs avec mes départ à l'abattée où je pense qu'il y aurait eu plus d'une voile déchirée en temps normal. Et mine de rien, elles me font quand même sacrément bien marcher. Alors bravo à l'équipe d'Europ's sails, vraiment.

La Fabrique s'allège petit à petit, je gagne en vitesse avec ça. J’ai déjà vidé une cuve de diesel, deux sacs de nourriture, de la flotte... Le bateau a bien perdu 250 kilos déjà. Vivement la remontée de l’Atlantique, ça va être une fusée !

Bon, c'est pas que, mais le café chauffe et le vent, comme toujours, monte quand tu as ton café à la main. Alors j’y retourne !

Facebook Slider
Facebook Slider