ALAN ROURA

Vendée Globe 2020

JOUR 19 - Message du bord

Chère météo...  Pourquoi t’acharnes-tu sur moi comme ça, sur chaque course ? Nan mais c'est vrai !!! Je rentre dans un dilemme stratégique, j'avoue être un peu perdu sur mes choix. La fatigue depuis le départ n'aide pas non plus.

Vu que je suis légèrement en fin de flotte, il faut essayer quelque chose. En fin de journée ce sera donc empannage, suivi d'un autre quelques heures plus tard, afin de chercher une bascule de vent dans le Sud. J’aurai donc du près dans une vingtaine de noeuds de vent qui, jour après jour, va commencer à adonner, me permettant de faire une route directe. Ça, c'est la théorie, mais je me pose quand même pas mal de questions. 

Ce qui est sûr c’est que je n'ai rien à perdre, mais peut-être beaucoup à gagner. Car le peloton de devant va rentrer dans des conditions assez désagréables si j'en crois les fichiers. Du près, du près et encore du près, sur une route pas très rapprochante.

Ici, le ciel se couvre, la nuit a été assez tranquille, dans un vent de 8 à 10 noeuds à 130° du vent réel. Par contre, la houle est dans tout ses états. Je tiens à peine mes 9 noeuds, c'est assez démoralisant mais je n'ai pas le choix.

À bord l'ambiance est bonne, La Fabrique parle toujours aussi peu et c'est tant mieux ! Le jour où elle commencera à me répondre quand je lui parle, c'est que je commencerai à être un peu trop dans le rouge… J'ai réussi à faire une bonne nuit et ça fait du bien, j'en avais besoin pour les jours à venir : ça va être mou aujourd'hui alors que demain et après, ça va être sport. Du près dans une houle que la terre n'a pas arrêtée depuis des milliers de kilomètres. Ça ne va pas être beau à voir. Surtout que 20 noeuds fichier, on sait que ça va être un bon 25.

Mais au fond de moi, j'y crois à cette option. Je vais sûrement perdre au début mais peut-être recoller les copains au passage de Bonne Espérance. Et c'est le but !

Mine de rien, les nuits sont plus fraîches, on commence à bien s'écarter de l’équateur et ca commence a être un peu plus vivable. Et avec Bigou qui est en pleine forme, je me sent prêt pour la suite.

J'ai de temps en temps des nouvelles d’Éric, ça fait du bien de parler à un concurrent. Surtout qu'on vise la même chose : boucler cette aventure et en prendre plein la vue. C'est pour ça qu'on est là !

Ça va être l'heure de se faire chauffer un bon café pour bien commencer la journée. Je pense fort à vous tous et j'essaye de foncer du mieux que je peux avec les conditions. Prenez soin de vous.

Alan, depuis le 18°Sud et 32°West

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