ALAN ROURA

Vendée Globe 2020

Actualités

Message de la terre - 28/11

En veille constante durant toute la durée de la course afin de pouvoir réagir en cas de problème, l'équipe à terre d'un skipper du Vendée Globe est également là, parfois, pour écouter son marin et lui répondre, l'encourager, l'informer de la vie des terriens... Ou le rebooster lorsque cela devient nécessaire. Le 28 novembre dernier, le Boat captain d'Alan, Gilles Avril, a senti que son skipper et ami avait besoin d'être remotivé, lui qui souffrait alors d'un « coup de mou », entre pesante solitude et frustration des vitesses. Là où la dimension humaine de l'aventure prend tout son sens.
Voici le mail qu'il lui a envoyé.

 
Alan,

Il y a bientôt un an jour pour jour, nous nous sommes toi et moi croisés dans ces couloirs du Salon nautique à Paris. Nous avons échangé quelques regards, on ne s’était pas vus depuis un petit moment. Toi tu revenais de ta Transat Jacques Vabre, moi j'avais le moral en berne après mon abandon sur la Mini Transat... Tu m'as proposé de t'accompagner sur le convoyage de ton IMOCA et, sans le savoir, c'était le début de cette aventure humaine, si belle en émotions et en leçon de vie dont je ne réalise toujours pas l'impact que ça va pouvoir avoir sur le reste de ma vie. Car nous avons vécu une année à 10 000 à l’heure, où nous sommes passés par toutes les émotions possibles et imaginables : l'espoir, la rage, l'envie, la motivation, la crainte, la peur, l'enthousiasme, la complicité, la joie, les pleurs, les rires, les rencontres, le doute, la fatigue, la bricole, l’entraide, la découverte, l’imagination et j'en oublie. Dans le seul et unique but de t'amener jusqu’à ton rêve, le projet de ta vie et, au travers de tout ça, y prendre tellement de plaisir ! Parce que, à quoi bon tous ces efforts que tu as fourni, que nous avons tous fournis, si ce n’est pour prendre du recul sur ce que tu est en train de vivre en ce moment et profiter de chaque instant. 

Le temps passe vite, très vite, trop vite même. Déjà 22 jours que tu es en mer et j'ai pourtant l'impression que c'était hier que je quittais ton navire en dernier. Quel serait l'intérêt d'avoir vécu tout ça pendant un an si tu ne profites pas de ce que t'apporte cette expérience... J'entends ta solitude et je peux aussi la comprendre même si je n'ai pas passé autant de temps que toi en mer. Nous aussi, sache le, nous sommes bien seuls à terre, à te suivre de loin. Du jour au lendemain, vivre 24 heures sur 24 les uns sur les autres et puis le départ. Et là, plus rien. On attend comme des cons les nouvelles que tu peux nous envoyer, on essaye à travers les lignes de déterminer ton humeur, si tu vas bien, si tu peux sourire en tapant sur ton clavier, on écoute chacune de tes paroles à travers les enregistrements audio et on regarde le moindre détail sur tes photos. Alors nous aussi on se fait une idée de toi, comme toi tu t'en fais de nous. Sauf que nous, tout s'est arrêté brutalement quand pour toi, tout a commencé... Et c'est grâce à toi que nous vivons ton rêve, ton périple. Ce tour du monde que tu nous fais vivre avec tes bonheurs et tes moments de doutes. Même si nous n'avons simplement pas envie de ressentir que tu n'es pas bien en mer, que tu ne profites pas des moments qui te sont offerts. À terre, l'ambiance est bien moins drôle. L'hiver s'est installé, les jours sont raccourcis, l'actualité socio-politique bat son plein avec tous ces imposteurs qui tentent de nous faire avaler leur baratin, l'ambiance vigipirate toujours omniprésente, sans parler des faits divers à dormir debout... Crois moi, si quelqu’un peut changer notre quotidien à tous et le rendre plus joyeux, c'est quelqu'un comme toi, comme vous, qui êtes en train de faire le tour du monde en solitaire. Combien êtes-vous à l'avoir fait ??? Beaucoup de monde sur cette terre devrait s'en inspirer... 

On a tous des moments de moins bien, mais tu dois te rappeler à chaque instant de qui t'attend à l’arrivée, de qui t'admire pour ce que tu es et ce que tu représentes. Même si la météo est relou et que tu vas « parfois moins vite que les autres ». Dois-je te rappeler le seul et unique objectif que tu t'es fixé ? Tu n'as que 23 ans ! Tu auras l’occasion, si tu le souhaites, de refaire au moins 8 Vendée Globe ! Et d'en gagner un … qui sait ?! 

Mais pour le moment tu dois arriver aux Sables, le classement n'est que la cerise sur le gâteau. Ton bateau est fiable et il nous le prouve encore : la baston dans 40 noeuds au portant, nous l'avons vécu avec les gars pendant quatre jours quand on le ramenait de Newport. Avec un vieux gréement, un compas "fluxgate", des voiles mortes et un bateau 10 fois moins préparé que maintenant. Tu as désormais un navire à 100% de ses capacités, sur lequel tu peux compter. Et crois-moi, ton  expérience dans 50 noeuds au près en arrivant à Newport était autrement plus "casse bateau" que le vent au portant qui t’attend. Alors tu vas naviguer en bon marin comme tu l'as toujours fait, tu vas enfin découvrir les mers du Sud et c'est aussi pour cette raison que tu fais tout ça. Sinon tu serais resté sur le lac en Suisse.

Et laisse moi te rappeler que les performances de ton bateau que tu dénigres depuis plusieurs jours sont loin d'être déconnantes : ça fait plus de 18 jours que l'Irlandais est derrière toi, avec un bateau beaucoup plus récent, et que tu arrives à le contenir. Que l'ensemble du peloton, avec là encore des bateaux plus récents, est bientôt à portée de main et que tu vas considérablement diminuer l'écart avec eux, voire faire un coup de malade. Et que le Hollandais a quand même une usine à gaz entre les mains et n’arrive pas à te distancer ! Alors, s’il te plaît, ne me dis plus jamais que tu te fais « défoncer et que tu n’avances pas » !!

Sur ce, on pense fort à toi et je suis certain que les jours prochains seront meilleurs.

- Gilles

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